Données synthétiques : le guide conformité RGPD et AI Act
Les données synthétiques sont des jeux de données artificiels générés par des algorithmes, qui imitent les propriétés statistiques de données réelles sans en découler. Elles permettent d'entraîner des modèles d'IA et de tester sans données réelles, mais elles ne sortent pas automatiquement du RGPD. Dans ses lignes directrices du 7 juillet 2026, le CEPD pose trois critères cumulatifs — individualisation, corrélation, inférence — que le jeu de données doit tous franchir pour être qualifié d'anonyme. Il encadre aussi strictement le moissonnage web servant à entraîner les modèles générateurs. Décryptage des règles et check-list de conformité pour les DPO.

Pour les DPO, RSSI et Directeurs Juridiques, l'équation actuelle ressemble à un casse-tête insoluble : comment permettre aux équipes techniques d'innover à la vitesse de l'éclair (notamment en entraînant des modèles d'intelligence artificielle ou en effectuant des tests poussés) tout en respectant scrupuleusement le RGPD et le tout nouvel AI Act européen ?
C'est ici qu'entre en scène la promesse des données synthétiques (synthetic data). Présentées comme l'alternative ultime à l'anonymisation classique, elles promettent de libérer le potentiel d'innovation des entreprises sans les contraintes de la conformité.
Mais est-ce si simple ? Les récentes lignes directrices du CEPD (Comité Européen de la Protection des Données) publiées le 7 juillet 2026 viennent rebattre les cartes et poser un cadre très précis. Pour naviguer dans ces eaux réglementaires mouvantes, s'appuyer sur un logiciel de conformité RGPD structuré est devenu indispensable. Décryptage complet.
Qu'est-ce que la génération de données synthétiques ?
La génération de données synthétiques consiste à créer un jeu de données entièrement artificiel à l'aide d'algorithmes mathématiques et de modèles d'apprentissage automatique (comme les GANs — Generative Adversarial Networks — ou les grands modèles de langage).
Contrairement à un jeu de données réelles, ces données ne découlent pas de mesures ou d'observations directes sur des personnes physiques existantes. Elles en imitent simplement les caractéristiques statistiques, les corrélations et les comportements.
Tester sans données réelles : l'exemple de la détection de fraude
Une banque souhaite valider un nouvel algorithme de détection des fraudes en pré-production. Plutôt que d'exposer les transactions réelles de ses clients (ce qui violerait le principe de minimisation et poserait un risque cyber majeur), elle utilise des synthetic data. Ces données reproduisent à l'identique les habitudes d'achat, les volumes de transactions et les anomalies de comportement d'utilisateurs fictifs.
Pour les équipes de développement, l'intérêt est immense : elles peuvent tester sans données réelles, réduire à néant le risque de fuite de données et accélérer drastiquement leurs cycles de livraison (DevOps).
Données synthétiques vs anonymisation : le verdict du CEPD
Pendant longtemps, le débat est resté flou : les données synthétiques sont-elles, par nature, des données anonymes échappant au RGPD ? La question rejoint directement celle des techniques classiques d'anonymisation et de pseudonymisation.
Le CEPD a tranché dans ses lignes directrices de juillet 2026, en s'appuyant notamment sur l'arrêt historique de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) de septembre 2025 (CEPD/CRU, C-413/23 P). La réponse est nuancée : tout dépend du succès de votre processus d'anonymisation et de génération.
Approche contextuelle ou simplifiée : comment évaluer votre projet ?
Le CEPD offre désormais deux grilles de lecture aux responsables de traitement :
- L'approche contextuelle : elle consiste à évaluer si, au regard de toutes les circonstances objectives et des moyens raisonnables dont dispose un tiers (ou l'entreprise elle-même), il est possible de ré-identifier une personne
- L'approche simplifiée : plus stricte, elle recommande de traiter par défaut les données synthétiques comme soumises au RGPD si le moindre doute subsiste sur la ré-identification, offrant ainsi une sécurité juridique maximale mais plus contraignante
Les 3 critères de l'anonymat des données synthétiques
Pour qu'un jeu de données synthétiques sorte définitivement du champ du RGPD (conformément au considérant 26), il doit passer avec succès le crash test des trois critères cumulatifs formalisés par le CEPD :
- L'individualisation : est-il impossible d'isoler l'enregistrement d'un individu spécifique dans le jeu de données synthétiques ?
- La corrélation : est-il impossible de relier entre eux deux enregistrements distincts concernant un même individu réel ?
- L'inférence : est-il impossible de déduire, avec une probabilité importante, une information sensible sur une personne réelle à partir des données synthétisées ?
Si votre modèle d'IA générative souffre de sur-apprentissage (overfitting), il risque de mémoriser et de recréer presque à l'identique des profils réels de votre base d'entraînement. Dans ce cas, le critère d'inférence échoue : les données synthétiques restent juridiquement des données personnelles soumises au RGPD.
Données réelles, pseudonymisées ou synthétiques : le comparatif
Entraîner un modèle de données synthétiques : les règles du web scraping
On a tendance à l'oublier : pour générer des données synthétiques de qualité, il faut d'abord entraîner un modèle d'IA. Cet entraînement nécessite, lui, de gigantesques volumes de données bien réelles.
Si votre entreprise utilise des techniques d'aspiration de données sur le web (web scraping) pour alimenter cet entraînement, le CEPD s'est montré particulièrement strict en juillet 2026.
L'intérêt légitime comme base légale : les conditions du CEPD
Le CEPD rappelle que le moissonnage automatisé de données personnelles sur Internet pour entraîner des IA génératives ne peut pas s'affranchir des principes de transparence et de limitation des finalités. Si vous invoquez l'intérêt légitime (article 6.1.f du RGPD) comme base légale pour cet entraînement, vous devez :
- offrir un droit d'opposition effectif et facilement accessible (mécanismes d'opt-out simples)
- garantir la fiabilité des sources et enregistrer précisément l'horodatage de chaque collecte
L'interdiction de moissonner des données sensibles (article 9)
Le CEPD insiste : le traitement de catégories particulières de données (santé, opinions politiques, orientation sexuelle) est en principe interdit. Le moissonnage sauvage ne bénéficie d'aucune exemption générale. Vous devez mettre en œuvre des filtres techniques drastiques dès la phase de collecte pour exclure ces données sensibles avant qu'elles ne pénètrent vos modèles d'apprentissage.
C'est à cette seule condition que vous pourrez légitimement développer des modèles capables de générer des données synthétiques tout en respectant les obligations de gouvernance des données de l'AI Act européen.
Mettre en œuvre les données synthétiques : la check-list du DPO
Pour intégrer sereinement les données synthétiques dans vos processus métiers, une gouvernance rigoureuse s'impose.
Documenter l'entraînement dans votre registre des traitements
Même si le livrable final (le jeu de données synthétiques) n'est pas soumis au RGPD, la phase amont (l'entraînement de l'IA générative avec des données réelles) est un traitement de données personnelles à part entière. Elle doit obligatoirement figurer dans votre registre des traitements, avec mention de sa finalité, des catégories de données utilisées et des mesures de sécurité associées.
Réaliser une AIPD pour encadrer l'overfitting
L'utilisation d'algorithmes d'IA générative pour créer des données de test présente des risques technologiques (comme l'overfitting mentionné plus haut). Avant de lancer un tel projet, le DPO doit impérativement piloter et réaliser une analyse d'impact (AIPD) afin d'évaluer les risques de ré-identification par inférence et de valider les mesures d'atténuation.
Check-list : vos données synthétiques sont-elles hors RGPD ?
- Zéro individualisation : est-il techniquement impossible d'isoler le profil d'un individu réel au sein du jeu de données généré ?
- Zéro corrélation : est-il impossible de relier deux informations synthétiques pour reconstituer l'identité d'un utilisateur réel ?
- Zéro inférence : le modèle d'IA a-t-il été audité pour s'assurer qu'il ne souffre pas d'overfitting (reproduction d'informations réelles par cœur) ?
- Origine de l'entraînement validée : si les données d'apprentissage proviennent du web (scraping), la base légale a-t-elle été validée et les données sensibles (article 9) ont-elles été systématiquement filtrées à la source ?
Si vous cochez l'ensemble de ces cases, vos données synthétiques respectent les exigences de sécurité du CEPD et peuvent être traitées comme des données anonymes.
FAQ - données synthétiques et RGPD
Les données synthétiques sont-elles considérées comme des données personnelles au sens du RGPD ?
Non, dès lors qu'elles découlent d'un processus de synthèse robuste qui respecte les trois critères cumulatifs du CEPD : absence d'individualisation, de corrélation et d'inférence. Si ces critères sont remplis, elles sont qualifiées de données anonymes et échappent au RGPD. Dans le cas contraire, notamment si le modèle générateur souffre d'overfitting, elles restent des données personnelles pleinement soumises au règlement.
Peut-on utiliser le web scraping pour entraîner une IA de génération de données synthétiques ?
Oui, mais sous de strictes conditions de conformité détaillées par le CEPD en juillet 2026. Vous devez notamment disposer d'une base légale solide (comme l'intérêt légitime rigoureusement documenté), respecter le principe de transparence et de limitation des finalités, offrir un droit d'opposition effectif et mettre en place des filtres techniques pour exclure toute collecte accidentelle de données sensibles (article 9 du RGPD).
L'utilisation de données synthétiques dispense-t-elle de respecter l'AI Act ?
Non. Même lorsque les données synthétiques sont qualifiées d'anonymes et sortent du champ du RGPD, les modèles d'IA utilisés pour les générer ou les exploiter restent soumis aux exigences de gouvernance des données, de transparence et de gestion des risques prévues par l'AI Act européen, notamment l'article 10 pour les systèmes d'IA à haut risque.
Note réglementaire : les lignes directrices du CEPD sur l'anonymisation et le moissonnage de données adoptées le 7 juillet 2026 font l'objet d'une consultation publique jusqu'au 30 octobre 2026. Leurs applications pratiques au sein des entreprises doivent être suivies de près par les professionnels de la conformité.

