UE-US Data Privacy Framework : quelles incidences pour votre conformité ?

Le Data Privacy Framework (DPF), adopté en juillet 2023, est la troisième tentative de sécuriser les transferts de données entre l'Europe et les États-Unis. Il instaure un niveau de protection jugé "substantiellement équivalent" grâce à de nouveaux recours comme la DPRC. Toutefois, cette adéquation ne concerne que les entreprises certifiées et reste vulnérable face au Cloud Act américain et aux futurs recours juridiques de Max Schrems. Pour garantir une conformité pérenne, le chiffrement et les Clauses contractuelles types (CCT) restent les meilleures protections techniques et juridiques.

Par
Anne-Angélique de Tourtier
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Drapeau Europe USA Data Privacy Framework

Imaginez que l'Europe et les États-Unis tentent de bâtir un pont transatlantique pour sécuriser la circulation de nos données. Par deux fois, l'ouvrage s'est effondré sous le poids des exigences juridiques européennes. Le EU-US Data Privacy Framework (DPF), adopté en juillet 2023, constitue la troisième tentative de raccordement. Cependant, ce pont n'est pas un bien public : c’est une voie privée réservée à des acteurs certifiés, dont les fondations demeurent soumises à une instabilité géopolitique persistante.

Qu'est-ce que la protection substantiellement équivalente du DPF ?

Depuis l'invalidation du précédent accord (Privacy Shield) en 2020 par la Cour de justice de l'Union européenne, les entreprises ont navigué dans une insécurité juridique totale. Le séisme a atteint son paroxysme en 2022, lorsque la CNIL a mis en demeure plusieurs organismes français, jugeant l'utilisation de Google Analytics incompatible avec le RGPD.

Le 10 juillet 2023, la Commission européenne a publié une nouvelle décision d’adéquation. Selon les termes du texte, les États-Unis d’Amérique "assurent un niveau de protection substantiellement équivalent à celui garanti au sein de l'Union". Ce terme, "substantiellement", signifie que si les lois américaines diffèrent des nôtres, elles offrent désormais des garanties de recours, notamment via un tribunal spécial, jugées suffisantes par Bruxelles.

Point de vigilance majeur : le DPF n'est pas un blanc-seing pour l'ensemble du territoire américain. Il ne bénéficie qu'aux seules organisations figurant sur la Data Privacy Framework list.

Patriot Act vs RGPD : le choc de deux cultures juridiques

Pourquoi ces accords finissent-ils toujours par être contestés ? Parce qu'ils tentent de réconcilier deux philosophies opposées.

  • La vision européenne (RGPD) : la protection des données est un droit fondamental. La donnée appartient à l'individu, et l'État doit la protéger
  • La vision américaine (Patriot Act & FISA) : la sécurité nationale est la priorité absolue. Le Patriot Act et le FISA permettent aux agences de renseignement d'accéder massivement aux données pour prévenir des menaces. Pour Washington, la donnée est un outil de défense

Le Cloud Act et les limites de la souveraineté numérique

Le conflit de souveraineté est total. Le vrai problème est le Cloud Act. Pour un juge américain, peu importe que vos serveurs soient à Paris ou à Dublin : si le logo sur la facture est américain, la donnée est à lui. C'est un choc de souveraineté brutal. Vous pensez être à l'abri parce que vos fichiers sont en France ? Si votre prestataire est US, vous êtes techniquement "pris au piège" entre deux feux législatifs.

La technique au secours du droit : l'importance du chiffrement

Face à cette puissance d'intrusion américaine, le DPF tente d'installer des pare-feux juridiques. Pour la première fois, les États-Unis acceptent que leur surveillance soit encadrée par les principes de "nécessité et de proportionnalité". Mieux encore, ils ont créé la Data Protection Review Court (DPRC), un tribunal censé permettre aux Européens de contester un accès abusif à leurs données.

Cependant, comme le droit est une matière mouvante, la sécurité la plus concrète pour une entreprise ne se trouve pas dans les textes, mais dans la technologie. La seule vraie protection, celle qui ne dépend pas d'un juge, est la technologie. Le chiffrement est votre assurance vie. Si vous chiffrez vos données au sein de l'UE et que vous gardez les clés sous votre propre contrôle, le Cloud Act devient une coquille vide. Même si le prestataire est forcé de "lâcher" les serveurs, les autorités ne récupéreront qu'un tas de détritus numériques illisibles. La vraie souveraineté est là : dans la mainmise technique sur vos propres clés.

Menaces sur le DPF : l'effet Trump et les recours de Max Schrems

En ce début d'année 2026, la pérennité du DPF est entrée dans une zone de fortes turbulences. L'accord est menacé par deux forces contraires :

  • La fragilité des décrets américains : l'accord repose sur le décret présidentiel Biden 14086. Si l'administration Trump décide que ces garanties offertes aux européens nuisent aux intérêts des USA, ce décret peut être révoqué d'un trait de plume, entraînant l'effondrement immédiat du pont transatlantique
  • Le combat de Max Schrems : l'activiste autrichien, déjà tombeur des deux précédents accords (Safe Harbor et Privacy Shield), a déjà déposé des recours. Il estime que le DPF n'est qu'un "Privacy Shield 2.0" déguisé. Si la Cour de justice de l'UE lui donne à nouveau raison, nous retournerons instantanément au vide juridique

Comment sécuriser vos flux de données transatlantiques ?

Le DPF est un outil de facilitation, mais il demeure précaire. Pour une organisation, fonder sa conformité sur ce seul pilier revient à accepter que sa sécurité juridique dépende des prochaines élections américaines ou de la prochaine plainte de Max Schrems.

Le conseil d'expert : utilisez le DPF comme une protection de surface pour simplifier votre quotidien, mais maintenez les Clauses contractuelles types comme structure porteuse et généralisez le chiffrement. C’est la seule méthode garantissant que vos flux de données ne seront pas interrompus au prochain coup de tonnerre juridique.

FAQ - Transfert de données UE-USA

Comment vérifier mon prestataire ?

Consultez la liste officielle du DPF. S'il n'y figure pas, signez des CCT sans délai.

Le stockage en France protège-t-il du Patriot Act ?

Seul, non. Si le prestataire est américain, il reste soumis au Cloud Act. Seul un chiffrement dont vous gardez la clé offre une protection réelle.

Qui est Max Schrems ?

C'est le juriste qui a fait annuler les deux précédents accords UE-USA. Son action permanente oblige les États à relever le niveau de protection, mais crée aussi une instabilité chronique pour les entreprises.

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