Pourquoi l'argument "rien à cacher" est une erreur pour la protection des données ?

L'expression "je n'ai rien à cacher" repose sur une confusion majeure entre l'innocence et l'intimité. La vie privée n'est pas une cachette pour les coupables, mais le socle indispensable de la liberté individuelle et de la dignité humaine. Face à la surveillance algorithmique et à l'IA, protéger ses données personnelles est une nécessité absolue pour éviter la manipulation comportementale et préserver l'autonomie de chacun.

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Guillemette Songy
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Protéger données

C’est la réponse qui claque comme un haussement d’épaules. Celle qu’on dégaine quand on nous parle de cookies, de surveillance ou de protection des données : "De toute façon, je n'ai rien à cacher."

Comme le souligne souvent Alex Türk, cette phrase est une erreur tragique qui rappelle que l'humain n'est pas qu'une suite de 0 et de 1. Elle confond deux concepts que tout oppose : l’innocence et l’intimité.

Ne rien avoir à cacher n'est pas une raison pour tout montrer

Dire qu'on n'a rien à cacher parce qu'on ne commet pas de crime, c'est comme dire qu'on n'a pas besoin de rideaux chez soi parce qu'on ne fait rien de répréhensible dans son salon.

L’intimité n’est pas une cachette pour coupables ; c’est le terreau de notre liberté. C'est ce qui nous appartient en propre, ce petit périmètre où l'on a le droit d'être fragile, ridicule, incertain ou simplement silencieux. Si vous donnez tout à voir, vous ne donnez plus rien à découvrir. Comme le rappelle l'esprit de #AlexForever, c’est dans ces interstices, loin des algorithmes, que se loge notre véritable humanité.

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L'intimité : la valeur centrale de la cybersécurité

On pense souvent que la cybersécurité est une affaire d'ingénieurs et de coffres-forts numériques. C'est faux. C'est avant tout une affaire de dignité.

  • Le risque de la transparence totale : quand nous acceptons de "tout montrer" sous prétexte d'innocence, nous laissons des systèmes tiers cartographier nos émotions, nos doutes et nos failles
  • La dépossession de soi : ne rien cacher, c'est offrir le mode d'emploi de notre cerveau à des entités qui n'ont pour seul but que de prévoir (ou diriger) nos comportements

La simplification numérique nous a fait croire que la transparence était une vertu. C’est en réalité une vulnérabilité. Protéger ses données, ce n'est pas être paranoïaque, c'est être le gardien de son propre mystère.

Le sens de la pudeur numérique face à l'IA Act

Alessandro Fiorentino insiste souvent sur cette valeur : le numérique doit servir l'homme, pas le mettre à nu.

Confondre "être honnête" et "être transparent", c'est oublier que la beauté d'une rencontre réside dans ce qu'on choisit de dévoiler. Si tout est déjà accessible, stocké et analysé, où est la valeur de l'échange ? Où est la surprise ?

Le risque, si nous ne respectons pas cette barrière, est de devenir des êtres "lissés". À force de savoir que tout est enregistré, nous finissons par nous auto-censurer, par ne plus oser l'originalité ou l'impertinence. C'est là que le danger pro et perso se rejoignent : une société sans secret est une société sans créativité. L'encadrement prévu par l'IA Act est une première étape pour protéger cette autonomie.

Check-list : Cultiver votre jardin secret numérique

Pour reprendre le contrôle sur votre protection des données personnelles, voici quelques réflexes simples :

  • Le test du rideau : avant de poster ou de partager une donnée, demandez-vous si vous inviteriez un inconnu à s'asseoir dans votre salon pendant que vous faites cela
  • La gestion des permissions : reprenez le pouvoir sur vos applications et refusez l'accès à la géolocalisation si elle n'est pas strictement nécessaire
  • Le droit au flou : apprenez à ne pas tout remplir dans les formulaires et laissez les champs facultatifs vides
  • L'hygiène des traces : utilisez des outils qui respectent votre anonymat comme les moteurs de recherche DuckDuckGo ou Brave
  • Le silence numérique : appréciez les moments hors ligne car ce qui n'est pas enregistré sur le cloud reste gravé dans votre mémoire

FAQ : Pourquoi la protection des données concerne tout le monde

Pourquoi est-ce grave si une IA connaît mes goûts ?

Connaître vos goûts permet d'anticiper vos désirs et, à terme, de les influencer. L'innocence ne vous protège pas de la manipulation algorithmique.

Est-ce que protéger ma vie privée me rend suspect ?

Seulement aux yeux de ceux qui veulent vous exploiter. Dans une démocratie saine, la vie privée est le réglage par défaut et un droit fondamental garanti par le RGPD.

Comment expliquer l'importance des données à mes collègues ?

Dites-leur que leur vie est un livre. Ils ont le droit de choisir qui en lit les chapitres, et certains chapitres ne doivent appartenir qu'à eux pour préserver leur liberté.

L'intimité est un luxe qui ne devrait pas en être un. C'est le socle de notre identité. Alors, la prochaine fois qu'on vous dira "je n'ai rien à cacher", souriez et répondez : "Moi non plus, mais j'ai tout à protéger."

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